samedi 3 février 2007

L'attaque des clones...

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Non nous ne sommes pas dans Star Wars mais bien au Texas, dans les grands ranches de chevaux de cutting plus exactement. "Business is business" comme on dit et si la science vient à nous donner la possibilité d'éviter la mort de la poule aux oeufs d'or pourquoi s'en priver après tout? Le temps des clones est donc venu. Verra t'on un jour une finale du NCHA Futurity opposant légendes d'hier, SMART LITTLE LENA, HIGH BROW CAT, ROYAL BLUE BOON, BET YER BLUE BOONS aux stars de demain? Certains en rêvent, d'autres n'en dorment plus la nuit. Retour sur le phénomène des clones qui divise l'industrie du cutting.
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Le 19 février 2006, ROYAL BLUE BOON, légende vivante du cutting âgée de 27 ans, est devenue le premier cheval de cutting a être cloné à des fins commerciales. La société VIAGEN Inc. a en effet permis à Elaine Hall de faire naître ROYAL BLUE BOON TOO, copie certifiée conforme de la légendaire fille de BOON BAR. La pouliche, née en bonne santé, s'est bien développée et se porte aujourd'hui à merveille. Depuis, d'autres grands noms du cutting ont pris le train en marche. La jument de Phil Rapp, TAP OLENA (plus de $ 450 000 de gains), possède aussi son clone qui est né le 9 mars 2006. Lindy Burch aussi a été convaincue par le projet et a décidé de cloner son extraordinaire jument BET YER BLUE BOONS (NCHA world champion) qui n'a pas pu beaucoup reproduire jusque là du fait de problèmes de santé. Lorsque VIAGEN l'a contacté elle a été vite séduite: "Je me suis dit: Mince! Il faut que j'essaye ça. Il y a beaucoup de bons chevaux mais les grands sont rares". Lindy Burch a donc commandé deux clones de sa jument qui devraient naître cette année. Selon VIAGEN, ce ne sont pas moins d'une trentaine de clones de chevaux de cutting qui devraient voir le jour cette année. Toutes les meilleurs juments seront clonées, c'est une certitude: PLAYBOY RUBY, LANEY DOC... Dans le cadre d'un programme de recherche de l'université du Texas, 5 clones de SMART LITTLE LENA ont aussi vu le jour. Elaine Hall se justifie elle aussi: "cette jument a crée une véritable dynastie dans les arènes de cutting, elle n'a pu être égalée par aucune autre jument. Je ne peux pas imaginer me priver de la possibilité de pouvoir continuer à faire reproduire une telle jument et de pouvoir continuer à améliorer les futures générations de chevaux de cutting". Mrs Hall estime que : "la plus grande jument de l'industrie du cutting mérite d'avoir l'honneur de voir ses gènes préservés. Faire partie de l'histoire est toujours excitant et parce que ROYAL BLUE BOON est qui elle est, parce qu'elle est unique, parce qu'elle possède des gènes extraordinaires, elle est aussi maintenant le premier cheval de cutting à être cloné. Si vous ne restez pas à jour avec les nouvelles technologies, vous disparaissez sous la poussière". Entre les lignes on comprend bien quel est le projet qui se cache derrière tout ça. Laissons de coté l'amélioration de la race, l'honneur et le mérite, c'est sûrement pour des raisons bien plus terre à terre que tous ces chevaux ont été clonés.
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Pour bien comprendre comment l'idée de cloner sa jument a pu naître dans l'esprit de Mrs Hall, revenons quelques instants sur l'histoire de cette jument blue roan qui a marqué d'une empreinte indélébile l'histoire du cutting. Pour faire simple, on peut dire que ROYAL BLUE BOON est le pendant féminin de SMART LITTLE LENA. Cette jument a produits 16 chevaux qui ont gagné en cutting avec des gains s'élevant au total à $ 2 500 000. Cela représente une moyenne effarante de $ 160 000 par cheval. Parmis son illustre progéniture, on rencontre des chevaux du calibre de RED WHITE AND BOON ($ 900 000 de gains), BET YER BLUE BOONS ($ 350 000), AUTUMN BOON ($ 250 000), DUALS BLUE BOON ($ 197 000), PEPTOBOONSMALL ($ 180 000), PEPPYS FROM HEAVEN ($ 145 000), ROYAL RED BOON ($ 125 000)... Nous sommes bien en face d'une jument hors norme qui a elle meme réalisé une très belle carrière, $ 381 000 de gains, et qui a grandement amélioré le cutting moderne. Le cas SMART LITTLE LENA est très similaire. Ce cheval a marqué l'histoire du cutting en remportant la triple couronne dans les années 1980. Quasiment invaincu dans sa carrière, il est parti a la retraite avec des gains s'élevant à $ 740 000. Mais c'est en tant que reproducteur que ce cheval a eu le plus d'influence. Les gains de ses produits s'élevent à 35 millions de dollars. On estime que ce cheval a eu un impact (gains, reproduction, ventes...) sur l'industrie du cutting s'élevant à plus de 300 millions de dollars. SMART LITTLE LENA, un des premiers chevaux syndiqués, a rapporté à ses propriétaires environ 30 millions de dollars depuis le début de sa carrière avec un prix de saillie fixé à $ 30 000. La vrai question à se poser est donc pourquoi se passer d'une telle manne financière? Pourquoi renoncer à faire durer la légende si la science en est capable? Ce sont ces questions là qu'ont du se poser les propriétaires de ces chevaux. Le clonage c'est au fond le vieux mythe de l'éternel jeunesse, le vieux reve du controle du temps. Cloner ces chevaux c'est se donner la possibilité de les avoir pour l'éternité (ou presque) et un tel chant de sirènes ferait craquer n'importe quel éleveur.
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Soyons honnète, il est avant tout question d'argent ici. Pas seulement bien sur car on peut aussi penser que Elaine Hall voue une telle passion à sa jument qu'elle voit aussi dans son clone le moyen de ne pas la voir complétement disparaitre. Mais la démarche n'est pas non plus totalement désinteressée. Cloner un cheval a un certain cout c'est évident. Après tout, comme le rappelle Irina Polejaeva, Directrice Scientifique de VIAGEN, le clonage est "à la pointe de la technologie de la reproduction". Elle explique que : "cette technologie permet les éleveurs de préserver les gènes et de prolonger le potentiel de reproduction de leurs meilleurs individus". La technique s'est beaucoup affinée ces dernières années et aujourd'hui le procédé semble au point. Nous sommes loin des premiers essais ou les poulains étaient vite affectés par diverses maladies. Agée aujourd'hui d'un an, ROYAL BLUE BOON TOO est d'ailleurs en pleine forme. Sans rentrer dans les détails scientifique on peut dire que le procédé de clonage fonctionne ainsi : on prélève un échantillon de cellules sur l'animal, VIAGEN fournit un kit de biopsie et collecte l'échantillon dont on extrait l'ADN qui est ensuite réinjecté dans des oeufs dont le matériel génétique a été supprimé. Les embryons se développent ensuite dans un incubateur avant d'etre réimplantés dans une mère porteuse qui donnera naissance au poulain. Le cout de l'opération s'élève à $ 150 000 pour le premier clone et $ 90 000 pour chaque nouvel exemplaire. Mais meme a ces tarifs là, avec ce type de chevaux, l'opération peut etre très rentable. ROYAL BLUE BOON est trop agée pour reproduire aujourd'hui mais combien vaudrait un poulain de son clone? 150 000, 200 000 dollars selon ce que prétendent spécialistes du marché des chevaux de cutting. Nul doute que Western Bloodstock (leader du marché) acceuillerait volontiers un tel poulain sur ses catalogues de vente. Quand on voit que cette année ALL BOON, une pouliche de un an par PEPTOBOONSMALL et BOON SAN KITTY, s'est vendu $ 750 000, on peut imaginer qu'une fille ou un fils de ROYAL BLUE BOON TOO se vendrait très bien. Un clone de SMART LITTLE LENA trouvera toujours des propriétaires interessés par la qualité de ses gènes, ca ne fait pas trop de doute non plus.
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Comment doit on réagir face à ce phénomène? L'AQHA n'a pas attendu pour prendre position contre le clonage. L'article 227 précise bien que les chevaux issus du clonage ou de tout autre manipulation génétique ne seront pas reconnus par l'association et ne seront donc pas enregistrés comme des Quarter Horses. Mais, sans jouer les Nostradamus, on peut supposer que si un clone de SMART LITTLE LENA connaissait le meme succès que son père et donnait naissance à des centaines d'extraorinaires chevaux, cette position évoluerait assez vite. Il n'y a pas si longtemps, les poulains issus d'un transfert embryonnaire n'était pas reconnus non plus. Les fameux chevaux "DNA" ont tous été enregistrés par la suite. La position de la NCHA est d'ailleurs bien plus ouverte vers ces nouvelles technologies. Les compétitions NCHA sont ouvertes à des chevaux de toutes les races et un communiqué a été spécialement publiée pour stipuler qu'un poulain cloné pourrait concourrir dans les épreuves NCHA.
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Alors quel est au fond l'interet de tout ca? Meme le célèbre Whasington Post se pose la question! Du strict point de vue de l'élevage, on peut porter un regard mitigé sur ce phénomène. Certes il est interessant de pouvoir continuer à élever avec les meilleures chevaux mais le but de l'élevage n'est il pas d'améliorer la race à chaque génération. SMART LITTLE LENA et ROYAL BLUE BOON sont des chevaux d'exception c'est évident mais CHIQUITA PISTOL ou PEPTOBOONSMALL aussi. Le cutting évolue sans cesse et les chevaux aussi. Les HIGH BROW CAT d'aujourd'hui ne travaillent pas comme les SMART LITTLE LENA d'hier. Les chevaux modernes sont plus athletes, plus rapides et ils stoppent plus fort. Pourquoi dans ce cas rester sur de "vieilles" lignées, aussi prestigieuses soient elles, qui ne seront pas forcement adaptées au cutting de demain? Au contraire, pour faire progresser l'élevage il vaut surement mieux croiser les descedants de SMART LITTLE LENA et de ROYAL BLUE BOON avec les grands chevaux de demain. Le style évolue et prolonger artificiellement la durée de vie des lignées ne semble pas etre une bonne solution. Ces lignées doivent évoluer et pour cela on a besoin de nouveaux chevaux pas de prolonger la durée de vie des anciens.
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Du point de vue de l'entrainement par contre, ces clones sont extremement interessants. L'idée de pouvoir comparer SMART LITTLE LENA et son clone séduit n'importe quel amateur de cutting. Observer ce qui relève de l'inné et de l'acquis, observer l'évolution des techniques d'entrainement et leurs effets, observer les effets de l'évolution du bétail, analyser l'évolution du style des chevaux, voila autant de questions auxquelles le clonage apporterait des réponses partielles. Après tout, c'est la traditionnelle question qu'on rencontre dans chaque sport : les légendes du passé seraient capables de faire la meme carrière aujourd'hui? Schumacher est il plus rapide que Fangio? Platini est il l'égal de Zidane? Quel amateur de sport ne s'est jamais posé ce type de questions? Voir SMART LITTLE LENA concourir au NCHA Futurity aujourd'hui vaudrait quand meme le coup d'oeil. Pour autant ce scénario a peu de chances de se produire. Le prix à payer serait trop grand car si le clone ne se révèle pas à la hauteur du modèle c'est toute la légende qu'on rique de ternir, tout le mythe qu'on risque de détruire et tout le projet qu'on risque de décrédibiliser. Elaine Hall, éleveuse, a déjà tranché: "Mon plan n'a jamais été d'entrainer ROYAL BLUE BOON TOO, plutot de l'utiliser pour l'élevage. Pour le moment je me contente de la regarder grandir et changer chaque jour et je suis sidérée de constater à quel point elle est semblable à ROYAL BLUE BOON". Bill Freeman, l'entraineur de SMART LITTLE LENA, espère lui aussi que les clones ne serviront qu'à la reproduction. Il ne veut pas voir la légende de son cheval ternie mais reconnait quand meme qu'il paierait cher pour pouvoir monter sur un des clones et le faire cutter. Lindy Burch, entraineur également est confrontée au meme dilemne. Au dela de la logique économique, le projet l'intrigue : "Je l'ai fait pour deux raisons. Premierement, pour etre bien sure que je disposerai toujours du potentiel génétique au cas ou il arriverait quelque chose à BET YER BLUE BOONS. Et deuxièmement, l'entraineur et la passionnée de cheval qui sont en moi veulent voir si les clones sont aussi bons qu'elle. J'ai beaucoup étudié le comportement des animaux et je sais que l'environnement joue un role prépondérant. Il sera passionant de juger des points communs avec un environnement différent". Son choix est fait, elle entrainera ses clones : "je veux débourrer les miens c'est une certitude. Je n'ai meme pas besoin d'y réflechir longtemps. Bien sur que je vais les monter! Je veux juste voir si ce sont les memes ou si ils sont meilleurs. J'ai entrainé BET YER BLUE BOONS il y a 14 ans et j'espère etre un entraineur bien meilleur et bien plus intelligent aujourd'hui. Bien sur le résultat sera différent car il y a plein de paramètres qu'on ne peut pas controler mais ca vaut le coup d'etre tenté j'en suis persuadée". Lindy Burch compte meme tenir un journal pour retracer l'évolution de ces chevaux!
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Au delà des condidérations d'odre financier, au delà de l'impact sur l'élevage et au delà des questions sur la possibilité ou non d'entrainer ces chevaux, ce que recherchent tous ces propriétaires c'est la poursuite de leur rève. Tout cavalier qui a eu un grand cheval et qui l'a vu disparaitre le comprend très bien. Quand on touche le cheval d'une vie, on sait quelque part qu'il n'y en aura jamais un autre pareil et le clonage aujourd'hui c'est ce rève là qu'il offre aux propriétaires. Lindy Burch le reconnait volontiers : "Je sais qu'on peut travailler toute une vie sans tomber sur un cheval comme BET. Je pourrais encore travailler 150 ans sans retomber sur une jument pareille. Nous élevons tous des chevaux, certains sont bons, d'autres moins, certains sont excellents mais quand vous avez la chance de tomber sur un tel cheval d'exception et qu'on vous offre la possibilité de le dupliquer personne ne peut passer à coté d'une telle opportunité". C'est finalement rassurant car on voit bien que meme si le rève est un peu fou c'est quand meme toujours la passion qui le guide.
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